Nos ombres font parfois des lumières

Gilles Fortier, Nos ombres font parfois des lumières. La Lune bleue – Trouées poétiques. Collection Grains de lune, 2025

Gilles Fortier nous emmène dans une quête, celle de l’enfant qu’il a été, qui s’obstine à lui tenir la main. Dans un recueil tout en clair-obscur, il s’interroge sur le théâtre de sa vie, sur ces terres bretonnes où il vit depuis si longtemps. Depuis toujours, pourrait-on dire. Entre celui qu’il fut, et celui qu’il est aujourd’hui, où se situe-t-il exactement ?

Il y a cette vie qui a cessé depuis longtemps Et celle-là qui ne veut pas commencer
Le poète semble se situer à un entre-deux de son existence, entre construction et déconstruction.

Des inquiétudes, peut-être, des interrogations.

Dans quel théâtre as-tu vécu ? s’interroge-t-il.

L’impression de flotter, d’être dans un songe. Viennent les souvenirs d’autrefois, la baignoire dans l’herbe du jardin, un bac à sable et des jouets.

Viennent ensuite les poèmes sur l’amour incertain.

J’ai disparu de ton regard
Tu ne me vois pas et les enfants sont vêtus de paillettes et d’or
Pourquoi
Un jour je découvre surpris que ma ville n’est plus là
Elle n’est pas étrangère
Je ne l’aime plus
Ou l’inverse
L’amour c’est vraiment incertain

Il y a toujours cette incertitude en filigrane, avec la nostalgie de l’enfance, ce pays / Où personne ne demande rien.
Il y a les souvenirs heureux, ceux de l’été des dix-sept ans et Il suffisait alors simplement / Que ce soit l’été. Il y a les souvenirs à deux, les aléas de la météo, le vent et la pluie.

Je suis l’hiver qui ne finit pas
Je suis l’arbre aux racines qui puisent
Et aux branches qui cherchent
L’amour nu partagé en silence

Valérie CANAT DE CHIZY, « Lus et approuvés » dans Terre à ciel (décembre 2025)